08.05.2008

Selmer 607 : Billets doux (alternate take), par Adrien Moignard

Voici l'un des enregistrements du guitariste de jazz Adrien Moignard pour l'album Selmer 607. Cet excellent album, emblématique d'une jeune génération du jazz français, rassemble des solistes (Rocky Gresset, Noé Reinhardt, Sébastien Giniaux, Richard Manetti et, donc, Adrien Moignard) autour de la guitare Selmer numéro 607 de Ghali Hadefi, qui a enregistré l'accompagnement sur la plupart des pistes, avec le contrebassiste Jérémie Arranger.

         

Composé par M.Yvain, Billets doux a été interprété par Django Reinhardt en 1938 : Adrien Moignard s'inspire du son et du phrasé de Django, mais y mêle aussi d'autres aspects du jazz pour créer un swing innovant. A titre de comparaison, voici la magnifique version de 1938 : bonne écoute !

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François. 

17.01.2007

Blue Drag, par François

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 De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

                                                    Paul Verlaine, "Art Poétique" 

11.01.2007

Double Whisky (Django Reinhardt, 1950)

 

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Photo Simon
 
 

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Hips ! 
 
                                                                  François. 

 

16.12.2006

Blue Bossa

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Photo Simon
 
    Je vous propose aujourd'hui d'écouter un enregistrement que j'ai réalisé hier après-midi à l'aide du logiciel GarageBand et du micro de mon ordinateur portable. Il s'agit de Blue Bossa, un grand classique de jazz que j'espère ne pas avoir trop massacré. A vous d'en juger !
 
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 Personnellement, je suis plutôt content de l'accompagnement, réalisé avec ma guitare classique (harmonie, basse, percussions). Le chorus est plus flottant, mais il faut bien se lancer un jour ou l'autre, pas vrai ?
  Je vous proposerai quelques autres enregistrements prochainement. Bonne écoute !
 
      François.  
 

26.11.2006

De Django Reinhardt à Biréli Lagrène (par François)

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Je reprends ici exceptionnellement un article que j’avais rédigé il y a quelques mois pour le blog Systar, et qui me paraît exprimer plutôt clairement l’intérêt que je porte au jazz manouche. 

            Un proche m’a récemment dit, après avoir fait l’acquisition d’une des nombreuses compilations gipsy, sa relative déception devant la pauvreté harmonique de cette musique. A bien des égards, le répertoire manouche constitue en effet un ensemble fini de formes fixées entre les années 1930 et 1950 par le génial Django Reinhardt. En réalisant, avec les quelques doigts qui lui restaient, la synthèse entre un folklore européen déjà divers et les acquis récents du jazz américain, ce guitariste d’exception a véritablement donné naissance à une musique dont la perpétuation peut apparaître comme un culte anachronique : la plupart des guitaristes manouches contemporains reconnaissent volontiers leur dette envers l’initiateur, et leur répertoire est essentiellement celui de Django. Minor swing, sans doute le morceau le plus fréquemment réinterprété, pourrait symboliser à lui seul cet inlassable hommage.

               Impossible pourtant de considérer le jazz manouche comme une galerie de fossiles, à moins d’oublier ce qu’est fondamentalement le jazz. Et le jazz est le lieu par excellence de l’improvisation. Le musicien dispose d’un corpus de standards, c’est-à-dire de grilles (suites d’accords) liées à un thème repérable. Ce corpus lentement constitué depuis les origines du jazz n’est rien d’autre qu’une armature ; libre au musicien de l’arranger à sa sauce, de l’assaisonner, de l’actualiser par l’arrangement (prélude, fin, choix des instruments, du tempo, voire du rythme…) et l’improvisation. Par un tour de force qui nous paraît aujourd’hui tout naturel, c’est la préexistence du thème et la rigidité même de la grille qui rendent possible l’improvisation.

               Un exemple, presque au hasard : la magistrale interprétation du Troublant Boléro de Django Reinhardt par Biréli Lagrène et son Gipsy Project, lors du festival Jazz à Vienne, en 2002 – je ne suis pas là pour faire de la pub, mais le DVD vaut tout de même son pesant de cacahuètes. Comment Biréli Lagrène parvient-il à intégrer ce standard dans son propre répertoire ? D’abord par une courte entrée en matière qui utilise, comme souvent chez Biréli (cf. la piste suivante, What is this thing called Love), l’amplitude de l’octave pour poser le rythme tout en gardant le thème en suspens, laissant ainsi l’auditeur dans l’expectative.

               Puis la première exposition du thème coule chaleureusement sous l’archet du plus que grassouillet Florin Niculescu, qui y introduit quelques motifs improvisés. Un léger arrêt donne la parole à Biréli, l’envol fulgurant de l’arpège contrastant avec la linéarité tranquille du thème : le bonhomme a posé son chorus (tour d’improvisation) avant même la première mesure. Plan rapproché sur la danse complexe de la main gauche sur le manche de la guitare, pour les guitaristes curieux de savoir comment il fait. La virtuosité n’est pourtant pas l’élément essentiel du chorus, et c’est tant mieux. Les phrases se suivent, toujours cohérentes entre elles, rivalisant en musicalité, s’appuyant tantôt sur la vivacité de l’attaque piquée, tantôt sur la rondeur chatoyante du sweep accompagné d’un généreux vibrato, jusqu’au déploiement d’une limpide gamme de mi majeur débouchant par un court chromatisme sur l’ouverture finale de l’harmonique. Le guitariste a tourné la tête dès l’amorce de ce développement final pour faire signe à Niculescu qu’il peut commencer son chorus ; l’enchaînement est parfait. Biréli aime tant improviser qu’il ne cède jamais totalement la place, mais son bavardage inspiré étoffe opportunément l’harmonie par des phrases d’accompagnement et de transition. Le chorus langoureux du violoniste ne fait qu’un avec le mouvement conclusif amorcé par Biréli qui rappelle au bon souvenir de l’auditeur le motif du prélude, renversé et modulé, mais aisément identifiable, et le violon s’unit en pizzicato à la guitare pour une phrase finale joliment ornementée.

                 Voilà comment création et tradition se trouvent mêlées dans le jazz manouche. Cette interprétation du Troublant Boléro est encore assez proche de la version d’origine, ne serait-ce que par la formation proposée par le Gipsy Project, identique à celle du Quintette du Hot Club de France (une guitare solo, un violon, deux guitares rythmiques, une contrebasse). Dans le DVD suivant, enregistré deux ans plus tard au New Morning, la formation est radicalement différente : une seule guitare rythmique (le sempiternel Hono Winterstein), et un saxophone pour remplacer le violon. Cette formation inédite rend manifeste le tournant pris par le Gipsy Project, qui rassemble désormais les différents visages musicaux de Biréli Lagrène ( principalement le Be-bop et le « nouche », comme dit Systar). La multiplication des guitares qui passent entre ses mains en l’espace d’un seul concert est révélatrice d’un nouveau et radical mélange. Cette dernière actualisation passe également par une modification du chorus, plus échevelé. Le nouveau Biréli Lagrène assume totalement les acquis du free jazz et du jazz fusion, sans s’écarter comme il le faisait auparavant de la tradition manouche. Django ne faisait pas autre chose. En 2005, Biréli déclarait tout simplement au magazine Guitarist Acoustic : « Cette musique est ouverte. »

                Le retour perpétuel à Django ne signifie donc pas une clôture du jazz manouche sur lui-même, mais le rappel incessant d’une tradition d’ouverture. La dimension rétrospective, quasi-rituelle du jazz manouche lui permet de rester une musique de création et de mélange, de création par le mélange. Chaque album, chaque concert est ainsi inextricablement commencement et recommencement, création et retour aux sources. C’est ce qui fonde en droit l’extraordinaire richesse de cette musique cosmopolite.