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07.03.2007
Entre clinique et basket-ball : l'adénome de l'hypophyse

L’avènement des Big Men
Avertissement aux lecteurs : l’article ci-dessous, initialement prévu pour Systar, a préféré (et j’espère que Mr.B ne lui en voudra point) se réfugier dans le giron de Blogbrothers, nouveau venu sur la toile, afin de participer à la fulgurante ascension de ce blog, déjà largement alimenté par l’étonnante potentialité littéraire et artistique de deux autres Hotwine Brothers. D’autre part, il est demandé à nos pointilleux et curieux lecteurs de ne point relever les quelques imprécisions anatomo-cliniques présentes dans ce texte, qui a pour simple et unique but de les informer, de manière non exhaustive, de l’existence de cette possible corrélation entre l’anatomie clinique et le basket-ball.
Souvenez vous, il y a une dizaine d’année, l’immense Muresan débarquait sur les terrains de NBA après un passage remarqué en Europe, et notamment à Pau Orthez. Immense, il ne l’était point par le talent mais bien par la taille, dépassant allégrement les 2m30, ce qui en faisait un rebondeur plus que correct doublé d’un épouvantail efficace dans la peinture. Quelques années auparavant, le stratosphérique pivot soudanais Manute Bol, culminant à 7.7 pieds, avait défrayé la chronique en intégrant l’effectif des Bullets (où évoluait le minuscule Mugsy Bogues) puis celui des Warriors, réalisant quelques saisons correctes avant de raccrocher suite à des problèmes de santé récurrents, tandis qu’en Europe, le sémillant Roberto Dueñas, tout droit sorti d’un roman de Mary Shelley, imposait ses titanesques épaules velues, en plus de sa gueule cassée, au sein des raquettes ibériques. Plus récemment, la NBA accouchait d’un nouveau monstre physique (importé en fait directement des Shanghai Sharks :)Yao Ming, le géant chinois s’imposant en quelques années comme le successeur de Saquille O’Neal au premier rang des pivots dominants de la ligue américaine. Aujourd’hui, chaque franchise ou presque possède dans ses rangs un « big man » (Przybilla, Tsakalidis, Jerome James ou Podkolzin le bien nommé), avoisinant les 2m20 au garrot, bien souvent doté de fabuleuses mains carrées, incapable d’enquiller deux lancers francs de suite, mais toujours utile dans la raquette pour grappiller quelques rebonds au moment opportun. Cette constante recherche de hauteur coïncide avec un surdéveloppement de la force physique brute, ce qui tend, bien évidemment, à intensifier le jeu, et à le rendre plus spectaculaire encore. Le basket-ball est alors devenu le seul sport où l’on rencontre de telles exclusivités anatomiques, puisque le physique est devenu le principal critère de sélection des joueurs briguant une place dans l’élite, l’adresse et la technique passant bien souvent au second plan. Ainsi, les jeunes joueurs présentant d’étonnantes dispositions athlétiques sont repérés très tôt, et il arrive même que des gamins d’une taille considérable soient « convertis » au basket par des recruteurs dont le but est de dénicher quelques perles rares qui deviendront, au bout de quelques opérations de renforcement, et de nombreuses années de perfectionnement physique et technique, de futurs pivots dominants.
Le basket-ball, sport mobilisant initialement l’adresse des joueurs (je me revois encore devant NBA+, durant toutes ces nuits où j’espérais un Spurs-Mavericks en direct, et où l’on me gratifiait d’un Bob Cousy, faisant mouche à l’aide du plexi, à six mètres, d’un majestueux bras roulé, en 1956, ou encore d’un Jerry West, qui a gracieusement cédé sa silhouette au logo de la grande ligue américaine, enquillant les shoots avec un geste loin d’être « buddyesque » -comprenez imparfait-) semble avoir évolué avec le temps vers une discipline extrathlétique (métathlétique ?), où le physique prime sur l’adresse pure, où l’acquisition d’une masse musculaire conséquente a supplanté l’apprentissage pourtant essentiel des fondamentaux, où la testostérone transsude des biceps devenus, grâce à la créatine et aux heures passées à soulever de la fonte, plus imposants que les quadriceps d’un Systar en grande forme athlétique.* Cette évolution à contribué à transformer les matchs (aux Etat-Unis principalement, l’Europe restant, pour le moment, amatrice d’un jeu léché, où le coaching prime sur les exploits individuels d’une vedette capable d’inscrire 50 points par match, et où l’intensité physique est moindre) en de véritables combats physiques, où l’accumulation de contacts et de fautes virulentes peut, en atteignant des extrêmes tout à fait envisageables, dégénérer et aboutir à de véritables pugilats. Et dans ce domaine, force est de constater que Carmelo Anthony n’est point le dernier des protagonistes à se jeter dans la mêlée.
Mais revenons à nos moutons, car pour le moment, me direz-vous, aucun rapport entre l’exceptionnelle particularité physique, voire anatomique dont font part bon nombre de big men, et le titre de l’article que vous parcourez innocemment du regard. Et pourtant, il existe un lien, qui se trouve au niveau de la selle turcique, dans une partie osseuse située au milieu et en avant de votre boite crânienne. La glande hypophysaire, encore nommée pituite ou tout simplement hypophyse, située sous l’hypothalamus (véritable chef d’orchestre du concert hormonal physiologique, auquel elle est reliée par la tige pituitaire), sécrète bon nombre d’hormones, dont la GH (Growth Hormon), qui nous intéresse présentement. La GH, hormone de croissance, est donc responsable, comme son nom l’indique, du développement des os, des formations musculo-tendineuses, des tissus biologiques du corps, et donc de la croissance générale de l’individu. Cette hormone, où l’un de ses dérivés, est ainsi considérée comme un produit dopant, puisqu’elle permet d’augmenter de manière non physiologique les performances physiques d’un athlète. (Si vous croisez un sportif de trente ans avec un appareil dentaire, posez vous des questions…**) Seulement, il arrive parfois que le bon fonctionnement de la glande soit perturbé par la formation d’une tumeur bénigne, également appelé « adénome », provoquée par une prolifération anarchique des cellules glandulaires constituant l’hypophyse. Cet adénome va avoir pour conséquence une
hypersécrétion hormonale, et donc un taux plasmatique de GH anormalement élevé. Cette tumeur, qui peut se développer très tôt durant le développement de l’enfant, va entraîner une croissance plus ou moins perturbée, selon l’importance de l’adénome, et peut expliquer la taille démesurée atteinte par certains individus, avant même qu’ils aient fini leur croissance. Ce fameux adénome semble ainsi à même de provoquer des vocations sportives, notamment dans le monde du basket-ball, où la taille extrême d’un joueur est recherchée comme une denrée rare, susceptible de provoquer une domination dans le jeu doublée d’un afflux médiatique pouvant s’avérer bénéfique pour le club.
Si ces big men, atteints de gigantisme (ou acromégalie) accèdent à la popularité par leur incroyable physique et leur apport relatif dans le jeu, ils n’en restent pas moins certainement handicapés par leur taille gigantesque, souvent doublée d’un physique ingrat, la GH étant responsable d’une hypertrophie de l’appendice nasal, de la nuque, d’un bombement du front, ces signes cliniques transformant le particularisme
anatomique et physique en pathologie. Ils sont également bien souvent physiquement détruits avant l’âge par l’accumulation d’efforts fournis durant leurs années passée au plus haut niveau, et connaissent une retraite ponctuée d’opérations chirurgicales destinées à restaurer une locomotion de plus en plus défaillante...Mais ils sont le reflet d’une nouvelle conception du basket-ball, qui a évolué jusqu’à devenir une réelle industrie, et qui doit se vendre tel quel…
Pierre-Etienne
* David Stern, commissionnaire de la NBA, a voulu enrayer l’arrivée massive dans la ligue de joueurs accomplis au niveau physique mais trop justes dans leur acquisition des fondamentaux, en promulguant récemment un décret interdisant l’inscription à la draft de jeunes basketteurs encore au lycee, de façon à ce qu’ils puissent parfaire leur apprentissage du jeu avant de se lancer dans l’excitant bain du professionnalisme. (Comprendre : gagner des dollars en masse…)
** La GH peut provoquer, lorsque qu’elle est administrée indépendamment du fonctionnement hormonal du corps, une reprise de la poussée dentaire…
18:50 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Basket-ball, yao, hypophyse, tall
Commentaires
Yep ! Enfin nous y voilà !
Il est très bien cet article, PE, et bien écrit d'ailleurs... Il va sans dire qu'on en veut d'autres.
Le "sémillant" Roberto Duenas... Bien vu !!
Ecrit par : François | 08.03.2007
Extra, cet article!!! la prose du PE, ça met longtemps à venir, mais c'est du costaud...
Sinon, pour les allusions sur ma musculature, on règlera ça virilement en concours de shoots à Pernety un de ces jours...
A +
Bruno
Ecrit par : Bruno Systar à gros quadriceps | 09.03.2007
Excellent PE!
A tres bientot a Parigi...
Ecrit par : Simon | 13.03.2007
Pas mal du tout on en apprend tout les jours. Bien écrit mais un peu long à la détente si je puis me permettre : des phrases dans le fond très simple prennent tout de suite une apparence mystico-dostoïevskienne.
Ceci dit, j'attends le prochain avec impatience. Gageons qu'il soit moins réservé aux initiés du basket-ball et roucoule moins de métaphores alambiquées du genre : "au sein des raquettes ibériques" ou "doublé d’un épouvantail efficace dans la peinture" (???) ou encore "bénéfique pour le club".
A bientôt sur les bribes intra-laconiennes de mon prochain site personnel et collaboratif consacré aux articles profonds et vindicatifs d'une jeunesse ébloui par le souci d'un devenir serain qui s'empêtre de le champ lexical de l'ennui viscéral cannois.
Fab!en
Ecrit par : Fabien | 31.03.2007
Très cher Fabien, ne t'arrête point aux termes techniques qui jalonnent cet article, mais considère plutôt l'interêt global du texte, quitte à survoler quelques passages sans intérêt. Si tu as besoin d'une explication de texte, on verra ça lors de ton prochain passage à Paris!
Ecrit par : PE | 01.04.2007
Suite à une soirée très sympatique en compagnie de Bruno et Pierre-Etienne à la Taverne de Cluny, je pense pouvoir affirmer qu'un article ne devrait pas tarder à arriver. Nous avons de belles vidéos et photos à vous faire partager (prises par PE). Alors, toi qui étais en manque d'inspiration suite à ce premier article très réussi...tu as intérêt de te lancer sur le sujet ! ;-)
Ecrit par : Marj | 03.04.2007
Grrlmblblbmmmlblb....! Sinon, effectivement la soirée d'hier fut musicalement hors norme..! Je cours m'acheter une Gibson L-5 et au boulot! Et j'ai quelques vidéos où l'on peut entendre fuser les commentaires de Bruno, très affuté...:d
Ecrit par : PE | 03.04.2007
Dis, tu me la prêteras des fois ta L5 ?
Je veux des détails ! Qui était là ? Qu'ont-ils joué ? A quelle heure ? Quelle tonalité ? As-tu fait une interview de Mathieu et Adrien ?
De mon côté, je vais peut-être pondre une note sur le dernier Biréli, histoire de nous mettre un peu à la page.
A +
Ecrit par : François | 03.04.2007
Adrien, Noé et Rocky, tous à l'électrique, Rocky avec une superbe Ibanez, brand new, modèle Benson, et Noé avec la Gibson...du coup, répertoire plutôt bop, genre donna lee, cherokee, plus quelques compos, plutôt sympathiques...pour les tonalités, tu repasseras, je connais que le La du téléphone...Et pour l'interview, on va attendre qu'ils sortent leur album, nan?
A pluche, et bonne ponte! (Super idée l'article sur bibi... :p)
Ecrit par : PE | 04.04.2007

